Quid des partis politiques au Gabon ?

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Lors d’une élection au Gabon. CP: Journalducameroun.com

Depuis l’avènement de la démocratie pluraliste en 1991, le Gabon comme la plupart des pays d’Afrique francophone, a connu une prolifération vertigineuse des partis politiques  issus de courants divers prouvant ainsi la volonté des Gabonais et des Gabonaises à participer au débat public. Toutefois malgré 23 ans de pluralisme politique, la nouvelle génération d’électeurs ne trouve toujours pas dans ces partis politiques le creuset de leurs espérances et idéaux.

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Ce dont l’Afrique a besoin pour sa démocratie

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Carte de la démocratie en Afrique (http://www.statistiques-mondiales.com/carte_afrique.htm)

La problématique sur la démocratie en Afrique est toujours au centre des débats et au cœur des préoccupations des hommes et des femmes de ce continent.  C’est à la suite de l’article de mon ami blogueur Congolais Serge Katembera dont le titre est De quelle démocratie l’Afrique a besoin ? que j’écris ce billet afin d’apporter mon regard sur cette question qui a pourtant fait couler beaucoup de sang de salive et d’encre.

Je suis de la génération 80 et nous sommes en 2014, la démocratie à laquelle nous et ceux de la génération 90 souhaitons pour nos pays respectifs et pour notre Afrique, est presque la même que celle des générations qui nous ont précédées depuis les indépendances. Il est invraisemblable qu’après plus de cinquante ans, la plupart des pays soient encore au même niveau de revendications. Comme quoi la pilule démocratique a vraiment du mal à passer en Afrique.

Lorsque nos pays sont devenus indépendants en 1960, une partie des dirigeants de l’époque ont replongé très tôt leur peuple dans l’autoritarisme et l’oppression qu’ils venaient à peine de vaincre en devenant indépendants. L’oppressé est devenu l’oppresseur de son propre peuple à travers des systèmes comme le monopartisme, les coups d’Etat militaires, la permanence au pouvoir, la privation des libertés. Tous ces types de régimes abjects prévalaient et/ou prévalent au détriment de la démocratie pluraliste et des droits de l’homme qui étaient pourtant le fer de lance de la lutte pour les indépendances.

En trente ans de monopartisme (1960-1990) nos pays n’ont connu que des échecs socio-économiques et la naissance sur le lit de la corruption d’une classe politique habituée à la pensée unique. L’avènement du multipartisme en 1990 et les accords qui y ont été signés n’ont pas tenue leurs promesses, car jusqu’à nos jours nous n’avons pas des Etats démocratiques, mais plutôt des Etats qui semblent l’être au travers des pseudo organes ou institutions démocratiques (Cours constitutionnelle, commission électorale nationale, CNC, presse privée, conseil d’Etat, etc.).

Que faut-il alors pour nos démocraties ?

Sachant que la démocratie en Afrique consiste à la mise en place des institutions et organes pouvant la reconnaître, la garantir et la réguler, je proposerais quatre préalables pour la renforcer dans nos Etats :

1.      Un Etat de droit : c’est tout simplement un Etat où le droit s’applique à tous, car dans un Etat de droit, la loi coordonne et régule les institutions ou organes constituant le pouvoir politique. Sachant que le spectre de l’autoritarisme rôde autour du pouvoir en Afrique, Il est dans ce cas impérieux que nos Etats soient forts pour garantir la démocratie pluraliste et les droits et devoir des citoyens, pour arbitrer les conflits politiques économiques et sociaux. L’indépendance de la justice est capitale pour la démocratie, sans elle, point d’élection libre transparente et juste, point de libertés civiques point de cohésion sociale. C’est à ce titre que la promotion des Etats de droit en Afrique est plus que nécessaire si nous voulons que la démocratie soit pérenne et ancrée dans nos mœurs institutionnelles.
2.      Une société civile reconnue : la société civile c’est toi et moi, les ONG et associations des droits de l’homme, etc. En somme la société civile est l’œil et la main droite de l’Etat dans la société. Elle défend en amont les intérêts du peuple qui seront en aval défendus par l’Etat, si bien sûr celui-ci est un Etat de droit. Je pense que nos Etats devraient reconnaître et travailler avec la société civile pour veiller à ce que la loi soit respectée par tous et que nul n’abuse de son autorité ou pouvoir à des fins égoïstes ou partisanes. La société civile doit concourir à la vulgarisation de la démocratie auprès des populations par des formations sur la démocratie, les droits de l’homme et civiques, le processus électoral, etc.

 3.      Des partis politiques au service de la démocratie : les partis politiques sont aussi importants que la société civile, car ils sont le creuset des idées et des aspirations du peuple. C’est pourquoi au lieu de faire du clientélisme politique ou la prostitution politique comme c’est le cas actuellement, ils feraient mieux de proposer des idées neuves et constructives, d’éduquer politiquement et démocratiquement leurs membres et sympathisants, de consolider le jeu démocratique en respectant le vote et le résultat des urnes. Parfois le discours des partis politiques est incohérent pour les populations, la transhumance politique et la cupidité de ses leaders ne favorisent pas la réconciliation entre partis politiques et électeurs.

 4.      L’éducation civique et populaire : je pense que le mal de la démocratie en Afrique est l’absence chez les populations d’une culture démocratique. On nous a fait croire que la démocratie se limitait aux élections, à mettre un papier estampillé du nom d’un parti dans une urne. Non, c’est faux. La démocratie est plus vaste que ça, c’est une façon de vivre et de raisonner, une façon d’accepter l’autre dans sa différence (idéologique, religieuse, politique, etc.), une façon de gouverner. C’est pourquoi je crois que l’éducation civique et populaire doit jouer un grand rôle pour préparer les citoyens à défendre et rechercher la démocratie quand elle sera menacée et/ou « kidnappée » par ses détracteurs.

Si personne ne sait ce qu’est la démocratie, comment elle se manifeste, ses avantages, etc. comment alors prétendre la défendre valablement ? Les écoles primaires, collèges et lycée, les universités, les organes étatiques d’éducation populaire, les intellectuels, les citoyens lambda doivent participer chacun à son niveau à l’éducation démocratique des populations. Il y va de la cohésion nationale et la prospérité du pays.

Voilà pour ma part ce que je peux dire sur ce dont l’Afrique et le Gabon ont besoin pour une démocratie réaliste et vérifiable au quotidien. Toutes les énergies doivent se réunir pour créer une synergie qui profiterait à tous, au bonheur de nos populations, au développement de nos Etats, à l’éclosion d’une classe dirigeante démocratique et progressiste qui se démarquerait de celle qui gouverne actuellement et arbitrairement, et ce depuis l’avènement du multipartisme en 1990. Vivement que vous (lecteurs) compreniez les enjeux auxquels nous faisons face.

 

 

CHEF DE L’ETAT ET/OU CHEF DE PARTI?

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C’est un constat qui est fait dans certains pays Africains, le chef de l’état est également chef du parti politique au pouvoir. Face aux enjeux sociopolitiques et économiques de nos pays, est-ce que cette double veste ne présente pas de danger pour le bon exercice du pouvoir et pour la démocratie ? Je vous donne mon point de vue.

En principe la politique est faite pour exercer un jour le pouvoir, et lorsqu’on a ce pouvoir et bien on l’exerce uniquement. Maintenant quand un chef d’État fait les deux simultanément c’est-à-dire endosse le rôle de chef du parti au pouvoir et chef de l’État, cela sans aucun doute risque de perturber son mandat ce qui n’est pas bénéfique pour un pays qui veut construire une démocratie.

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Régime présidentiel ou super président ?

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Tous les pays du monde fonctionne sous un régime politique, il peut être présidentiel, semi-présidentiel, parlementaire ou encore monarchique. En Afrique nous avons plusieurs types de régimes : Le Cap-Vert est sous un régime parlementaire comme l’ile Maurice, tous les pays d’Afrique centrale sont sous régime présidentiel, le Togo et la Guinée Conakry aussi. Le Swaziland et le Maroc sont quant à eux sous un régime monarchique.

Si nous regardons de plus près nous verrons que la plupart des pays Africains ont adopté le régime présidentiel plutôt que parlementaire. Pourquoi le plus grand nombre à fait ce choix? Et bah parce-que ce régime accorde énormément de pouvoir au chef de l’Etat contrairement à l’autre qui le renvoie au role d’arbitre entre les trois pouvoirs.

Naturellement nos dirigeants ont la boulimie du pouvoir, ils n’aiment pas trop le partager ou donner une chance aux opposants d’y avoir accès. S’il faut ajouter à cela un régime qui leurs donne trop de pouvoir ça donne tout ce que nous connaissons en Afrique. La mauvaise gouvernance, l’absence de démocratie pluraliste, l’ethnicisme, le clientélisme, la gabegie etc.

La question est maintenant de savoir pourquoi ce régime cause t-il autant de mal à nos Etats. C’est à ce niveau que nous devons nous interroger, on regarde trop souvent les Hommes mais pas assez le cadre légal dans lequel ils exercent le pouvoir que nous leurs confions.

En réalité un régime présidentiel est un régime politique dans lequel il y a une « rigide » séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire).  Dans ce type de régime le pouvoir exécutif échoit au chef de l’Etat qui peut-être aussi premier ministre, il n’est pas responsable devant le parlement (législatif). Le pouvoir judiciaire jouit totalement de sa liberté et peut arbitrer le jeu entre les deux autres pouvoirs en cas de mésentente.

En Afrique cette version Etats-unienne et originelle du régime présidentiel a été contrefaite pour en produire un type tropicalisé c’est-à-dire le « présidentialisme ». Le chef de l’Etat absorbe à lui seul l’ensemble des pouvoirs  dévolus aux trois pouvoirs. Ce type de régime où le président devient hyperpuissant tend à se confondre avec un régime dictatorial car le président est la pierre angulaire des institutions politiques, le lieu où s’exerce le pouvoir, c’est lui qui donne la dynamique de la politique de l’Etat.

Cette concentration du pouvoir ne favorise pas la démocratie pluraliste, elle est le lit de naissance d’une oligarchie qui aura tous les pouvoirs en leur possession le temps d’un mandat ou deux ou encore illimité. Le « présidentialisme » cultive le culte de la personnalité, on le voit bien au Gabon, au Cameroun, en Cote d’Ivoire, au Tchad, au Togo, au Congo etc.

Dans ces régimes le chef de l’Etat est un « demi Dieu », il nomme et limoge qui il veut et selon son bon vouloir, les autres pouvoirs ne sont que les ombres d’eux-mêmes et ne peuvent le révoquer car il bénéficie de la légitimité populaire à travers le suffrage universel direct.

Trop de pouvoir tue le pouvoir, la volonté de s’y éterniser malgré tout a poussé certains dirigeants à réunir autour d’eux et sous leurs puissances toutes les institutions de la République les transformant ainsi en coquilles vides.

Comme vous venez de le lire, le régime présidentiel ne joue pas trop en notre faveur car nous avons besoin de démocratie. Le jeu politique est nécessaire pour avoir une culture démocratique ceci permettra à tous les partis politiques d’y participer équitablement.

C’est dans ce sens que le régime parlementaire ferait l’affaire car dans ce régime politique il y a une séparation « souple » des trois pouvoirs. Le président de la république ne gouverne pas, le pouvoir exécutif est partagé entre lui et le premier ministre.  Ce dernier exerce le pouvoir, définit et conduit les politiques engagées par la nation sous le contrôle du parlement qui peut le démettre de ses fonctions par une motion de censure.

Dans ce type de régime les ministres sont choisis parmi les députés et non parmi les amis du président, c’est pourquoi le premier ministre doit nécessairement obtenir le soutien de la majorité parlementaire pour mieux gouverner.

Chacun peut avoir son point de vue sur le sujet toutefois nous pouvons être d’accord sur un point. Le régime parlementaire est le modèle idéal pour nos jeunes Nations qui ont besoin de s’exprimer, de proposer et de gouverner. Le pouvoir doit être au peuple et non à un seul Homme. Dans ce régime politique tout se joue sur les projets de société des partis politiques et non sur la tête ou le nom du candidat comme il est de coutume dans les régimes présidentiels.

Le changement que nous attendons tant en Afrique devra passer par cet impératif absolu, celui de nous offrir le cadre idéal pour l’exercice du pouvoir, le régime auquel nous nous soumettrions devra favoriser la culture démocratique et le partage du pouvoir.