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Citoyen qui vote

La réélection d’Ali Bongo avec 50,66% contre 47,24% pour Jean Ping, pose une question fondamentale sur l’alternance démocratique au Gabon. Après la validation par la Cour Constitutionnelle, on ne peut que se demander si un jour les urnes donneront raison au changement.


À l’annonce de la victoire d’Ali Bongo par son ministre de l’intérieur le 31 août, les partisans de l’opposition ont simultanément pris d’assaut Libreville et les autres villes du pays pour dénoncer l’énième tripatouillage orchestré par la dynastie Bongo, afin de conserver le pouvoir et leurs multiples avantages.

Au lendemain des émeutes il n’y avait plus que ruines, cendres et larmes dans le pays car la veille plusieurs édifices et commerces de la capitale gabonaise, et à l’intérieur du pays avaient essuyé la colère du peuple gabonais qui réclamait la proclamation des vrais résultats et dénonçait haut et fort le kidnapping de tout un pays par un clan avide de pouvoir pendant que le peuple meurt de faim, de soif et de liberté.

Les gabonais sans conteste étaient plus que jamais nombreux le 27 août 2016 dans les urnes pour voter, la dernière fois qu’ils étaient aussi nombreux c’était en 1993. Cette hausse du nombre de votant traduisait clairement une volonté manifeste de changer de régime et de sanctionner un pouvoir autocratique, vicieux, entasseur et nuisible pour la prospérité et l’unité du Gabon.

Comme nous y sommes habitués, la Cour Constitutionnelle a naturellement validé « une fois encore, une fois de plus, une fois de trop » la victoire du PDG en réévaluant à la hausse les résultats de son candidat. Aucun gabonais n’était surpris par cette décision qui ma foi ne pouvait être que celle-là.

De ce constat on se demande si en l’état actuel des choses, avec des institutions qui semblent être à la solde du pouvoir, les opposants pourront encore compter sur les résultats des urnes pour accéder à l’alternance politique au Gabon ? That is the real question.

Quel avenir pour l’opposition ? 

En effet depuis 1993, les différents opposants et leurs partisans qui se sont érigés contre l’ogre PDG, ont toujours perdu à la suite des élections contestées. Pourront-ils cette année, accepter encore que leur victoire soit volée par ce régime ? Si non, que feront-ils ? Quelles actions mèneront-ils ? Iront-ils jusqu’au choix des armes pour accéder au pouvoir, étant donné que tous les moyens démocratiques semblent avoir été épuisés ?

Actuellement à Libreville, dans les bars, au bureau, à la maison, ces questions animent nos conversations et suscitent des interrogations mais également de la peur car l’avenir semble incertain pour nous. Hier encore un jeune me disait : « Grand, je te dis que j’ai la haine dans le cœur. J’ai envie de craquer quand je pense que Ali va encore faire sept ans là ». En regardant ses yeux, j’ai clairement vu de la haine mais surtout du désespoir.

Une réalité frappe clairement aux yeux depuis l’annonce de la victoire d’Ali Bongo : les gabonais sont divisés entre ceux qui soutiennent le régime, et ceux qui veulent l’alternance politique. Une colère prend racine dans les rapports entre gabonais et celle-ci va également se rabattre chez les étrangers.

Les partisans de l’opposition, qualifiés de frustrés, ne comprennent pas comment on peut soutenir un régime familial et cinquantenaire qui ne travaille pas. Les partisans du pouvoir, qualifiés de mercenaires de la démocratie et d’opportunistes, ne comprennent pas comment on peut soutenir des anciens du PDG qui aujourd’hui se disent opposants.
C’est un débat sans fin et dont le rapport de force est à l’avantage des partisans du PDG qui usent de tous les moyens pour noyer le point de vue adverse suscitant ainsi la colère et la haine qui germent petit à petit au sein de la société.

Je suis intimement convaincu qu’une véritable réflexion dans un cadre qui intègre toutes les forces vives de la nation est de rigueur pour discuter, échanger sur le Gabon. Un vrai débat pour de vraies réformes doit avoir lieu si on veut préserver l’unité nationale.
Nous ne pouvons plus continuer ainsi car nous allons droit dans le mur. Nos gouvernants refusent jusqu’à présent de voir le mal-être et la haine qui grandit au sein du peuple.

Comment peut-on prétendre construire une nation et espérer le développement du pays quand une grande partie du peuple n’a que défiance et n’a point confiance en des institutions jugées à la solde du pouvoir ? Vrai ou faux les faits sont là, nos institutions ne sont pas dans le cœur des gabonais.

Stratégie politicienne

La main tendue d’Ali Bongo, qui invite les opposants à travailler avec lui pour construire le Gabon n’est qu’une stratégie politicienne qui vise à laver l’image d’un régime qui a la sulfureuse réputation d’être autocratique. A mon avis, seuls les opposants pro-Ali rentreront dans ce gouvernement dit d’ouverture, les radicaux s’abstiendront au regard de la dernière déclaration de PING dans laquelle il disait ne pas abandonner le combat.

Cette invite à intégrer le gouvernement ne doit pas être une énième occasion de phagocyter les idéaux des opposants au profit de ceux du régime car nous savons tous qu’une fois entrés au gouvernement, les opposants ne feront qu’appliquer la politique du président sans avoir de marge de manœuvre. Fort de cette expérience prouvée, doit-on croire en cette main tendue ? J’en doute fort, malheureusement.

Je pense que la réforme totale de nos institutions, la révision de la constitution, la refonte profonde du code électoral, de la CENAP, et le renforcement des libertés doivent être au cœur des préoccupations du président. Nul besoin d’avoir cette perverse idée qui leur commande de ne faire que des réformes qui favorisent la conservation du pouvoir comme nous l’avons vu dans le passé.

Aujourd’hui plus que jamais le défi est grand sinon vital car il en va de la stabilité et l’unité du pays. Le président Ali a plus que jamais l’occasion de laver son image en initiant une conférence nationale souveraine pour qu’ensemble les gabonais parlent de leur problème commun.
Je suis toujours convaincu que la démocratie est le moins mauvais des systèmes politiques, car donnant la possibilité au peuple de choisir ses dirigeants. À partir du moment où ce pouvoir est sabordé par un régime, cela laisse court et ouvre un boulevard aux moyens non démocratiques pour accéder au pouvoir.

Le Gabon ne sera pas ad vitam aeternam dirigé par le PDG, les pédégistes le savent, c’est pourquoi ceux-ci feraient mieux de mettre les bases d’une véritable démocratie pour garantir l’avenir du pays et son unité. Le désespoir et la colère sont les pires sentiments qu’un peuple peut avoir car ils ont pour seule finalité la révolution, la guerre ou l’insurrection.

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Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

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