MON PEUPLE PERIT FAUTE D’EDUCATION

 

Eleves de franceville en grève pour réclamer la reprise des cours. Mars 2017.CF:Facebook

Sommes-nous conscients du malheur qui attend la future génération qui devra diriger le Gabon ? Sommes-nous conscients du péril en gestation de toute une culture ? Sommes-nous conscients de l’héritage historique qui nous ait légué ? Sommes-nous conscients des responsabilités qui incombent à l’Etat et à chacun d’entre nous sur l’éducation de nos enfants ? Tels sont les questionnements qui nourrissent mon quotidien suite à mes observations.

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Pourquoi l’opposition a toutes les chances de l’emporter?

De haut en bas et de gauche vers la droite: Casimir Oye Mba; Guy Nzouba Ndama; Jean Ping; Ndong Sima. C/P: Barack Nyare Mba

Ne feignons pas de l’ignorer, nous partageons un point avec certains de nos frères et compatriotes qui soutiennent le pouvoir en place, celui de juger et défendre les politiciens sur leurs actions et leurs projets politiques pour le Gabon.

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Gabon-Afrique : Peut-on dire que nous marchons sur la tête ?

 

zorgblog.canalblog.com

Suis-je dans un cauchemar ? Si oui, s’il vous plait réveillez moi car il m’est impossible de continuer à le vivre tellement je souffre dans ma chair. Chaque jour est un lot de désarroi, d’incompréhension, d’amertume et de frustrations. Je me sens comme étranger dans un pays qui m’a pourtant vu naître, dans un continent qui a bercé toute ma courte vie. J’entends ici et là les gens dire que le monde évolue. Si seulement ceux-ci pouvaient savoir ce que ce mot porte comme charge dans ce monde qu’ils disent « évolué ».

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Quid de la politique carcérale au Gabon ?

Adolescents-prison

Des adolescents emprisonnés. CP: Gabonreview.com

Les hommes et femmes politiques Gabonais notamment ceux du gouvernement et des partis d’opposition devraient au lieu de se « chamailler » continuellement sur les fichiers électoraux  ou faire l’apologie de l’émergence, s’atteler à nous proposer leurs politiques sur des questions comme celle de nos prisons et les alternatives que l’Etat pourrait offrir aux prisonniers après avoir purgé leurs peines. Voilà de vraies préoccupations parce que les populations sont victimes  au quotidien des forfaits de malfrats en « herbe » et des récidivistes.

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Racisme et xénophobie : les supplices des noirs Africains en Inde

Un africain conduit par les policiers Indiens CP:le-blog-sam-la-touch.overblog

Depuis une décennie l’Inde multiplie et diversifie la coopération avec le continent en octroyant notamment des bourses ou en ouvrant ses universités aux étudiants africains. Le revers de cette médaille est la multiplication des actes de racisme et de xénophobie dont sont victimes les étudiants noirs africains partis pour étudier dans ce pays.

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Gabon : un contrat de performance pour percevoir la PIP

africatime

Fonctionnaires touchant leur prime
C/P : Africatime

Durant la semaine qui vient de s’écouler, l’actualité gabonaise a été dominée par la prime d’incitation à la performance (PIP) nouvellement créée par le président Ali. C’est plus de 19 milliards de francs Cfa qui ont été versés ce mois de juillet à plus de 20 000 fonctionnaires gabonais.

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ASEEGS : De l’ombre à la lumière ?

 

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Après de nombreuses années tumultueuses et de désamour entre l’Association des Élèves Etudiants Gabonais du Sénégal (ASEEGS) et l’ensemble de la même communauté. Le nouveau président  élu de cette association, M.Pierre MAMBOUNDOU, a tenté dans l’interview qu’il a accordée à ESPRIT AFRICAIN de donner la nouvelle vision qu’il compte donner à cette association malade de bonnes idées.

C’est au sein de l’ambassade du Gabon au Sénégal que cette interview a été faite. Read More

L’Afrique et sa souveraineté de façade

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Peut-on véritablement dire que les Etats Africains sont souverains ? C’est une question existentielle au vue des enjeux auxquels font face nos pays actuellement. Les retards criards observés dans les secteurs à mon sens souverains – ce qui n’est pas du sens de nos Etats – tels que l’éducation, la santé, la culture, la sécurité alimentaire, l’eau, et la sécurité, met en lumière la mauvaise compréhension ou la mauvaise foi que font nos dirigeants sur le concept de souveraineté.

En dehors des secteurs que j’ai cités plus haut, il faut également y ajouter la monnaie qui est le nerf de cette souveraineté. Je ne veux pas trop m’appesantir sur ce sujet parce qu’en dépit du fait que le CFA ne soit pas une monnaie créée par les Etats Africains, cela n’empêche guère à l’Etat Gabonais par exemple de construire une école primaire dans un village qui en a besoin. C’est pourquoi je me concentre spécifiquement sur la souveraineté qui a trait aux moyens de « conservation » comme disait Rousseau, de nos peuples, du peuple Africain.

Il faut un peuple bien éduqué et proche de sa culture,  un peuple en bonne santé qui mange à sa faim, boit de l’eau potable et vit en toute sécurité. C’est uniquement par la réalisation de ces préalables fondamentaux que nos Etats Africains pourraient parler de souveraineté. A contrario, on remarque que la souveraineté se fait valoir par nos dirigeants que lorsqu’il y a ingérence dans les affaires politiques. On peut citer en autre les contestations électorales des ONG internationales ou de certains pays occidentaux et même Africains, les reproches en ce qui concerne la démocratie ou la liberté d’expression des journalistes par exemple. Ces dans ces circonstances que les dirigeants Africains sortent la carte de la souveraineté. Je les entends dire : «  Nous sommes un Etat souverain et libre, les affaires intérieures de notre pays ne concernent pas les autres Etats », c’est vrai mais pourtant lorsque les mêmes font des reproches sur des questions de santé ou d’adduction d’eau, ce sont également les mêmes dirigeants Africains  qui demandent à ces derniers de l’aide financières. Paradoxe.

 C’est pour dire que la souveraineté n’a pas chez nous le sens global qu’il devrait avoir, mais plutôt un sens opportuniste, c’est à dire politique. C’est ce sens qui est le plus valorisé et qui justifie la longévité de plusieurs dizaines d’années au pouvoir des présidents en Afrique.

La souveraineté mes chers frères Africains doit d’abord consister à bien protéger nos frontières. Comment comprendre que nos armés ne peuvent pas toujours après 50 ans d’indépendance,  garantir l’intégrité territoriale de nos pays. On l’a vu au Mali, au Congo-Kinshasa, en Centrafrique etc. La première obligation de nos gouvernants est celle-là, assurer l’intégrité territoriale. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’aucun peuple et aucun pays ne peut se développer et surtout se « conserver » dans un environnement d’insécurité permanente. C’est une obligation souveraine.

On a l’impression que les dirigeants Africains oublient que ce sont les hommes et les femmes qui font la prospérité d’une nation. Parce que lorsqu’on voit le dispositif sanitaire de nos pays, on a l’impression qu’il est équipé pour ne pas soigner les populations. Notre espérance de vie est de 57 ans alors que la moyenne mondiale est de 69 ans. La mortalité infantile a tué 7,6 millions (2010) d’enfants de moins de 5 ans en Afrique, la pandémie du Sida, le paludisme, le diabète, la tension artérielle pour ne citer que ceux là, font des millions de morts chaque année à travers le continent.

 Comment entrevoir l’avenir quand nos populations meurent prématurément des maladies connues de tous et qui peuvent pourtant être prévenues. Comment avoir des hommes et femmes forts, performants et qui vivent longtemps pour assurer la croissance, si on n’améliore pas leur santé. Il va sans dire qu’il faut impérativement que le secteur de la santé soit reformé et adapté aux réels besoins de ceux qui font la nation, c’est-à-dire les populations. La souveraineté consiste également à garantir cela, c’est la souveraineté sanitaire.

 Le meilleur moyen pour lutter contre les maladies, ou contre certains fléaux qui sévissent en Afrique est l’éducation. Elle seule permet aux populations de maîtriser et de mieux comprendre les moyens de lutte contre les maladies. L’éducation est un grand défi continental, les statistiques sont assez intéressants sur le plan de la scolarisation, il y a 90% de scolarisés parmi la population. C’est déjà une bonne chose, cependant le taux d’échec, l’abandon scolaire, l’inadéquation entre l’éducation et les réalités endogènes des pays Africains, viennent ternir ces efforts de scolarisation déjà consentis. En marge de ces facteurs qui édulcorent ce fort taux de scolarisation, il y a aussi les grèves et revendications intempestives  des enseignants qui sont faites chaque début de rentrées et même durant l’année scolaire, les universités qui sont devenues des lieux de propagandes politiques, les sectes, le repli ethnique, l’affairisme, ont pris la place de la transmission du savoir et la recherche scientifique qui pourtant permettraient de donner des réponses précises aux divers questions qu’on se pose sur le passé, le présent et l’avenir.

 Maurice Barrès disait que « l’éducation ne transforme l’homme, mais l’éveil » c’est à cela que doit consister l’éducation du peuple, les maintenir en « éveil » pour construire une Afrique forte et prospère.  Elle permettra surtout de qualifier les ressources humaines qui porteront les nombreux projets prioritaires dont le continent se dote pour assurer son avenir. Ne croyez-vous pas que cela devrait aussi relever de la souveraineté ? Moi si.

 L’alimentation en Afrique, voici un une problématique qui fait couler beaucoup d’ancres et de salives. Comme dans les secteurs sus cités, l’alimentation ne devrait pas échapper aux obligations souveraines de nos Etats. Un pays qui est incapable de nourrir son peuple convenablement et à des prix abordables, ne peut se venter d’être souverain. La sécurité alimentaire à travers l’auto suffisance alimentaire est un moyen de lutte contre les famines que nous observons sur le continent, notamment comme celles connues dans la corne de l’Afrique ou encore en Afrique de l’Ouest en 2012.

 Il est vrai que la production agricole a augmenté de 10% ces dernières années en Afrique, toutefois on remarque que les prix proposés sur le marché sont toujours aussi élevés pour des raisons aussi diverses que variées. Une approche plus élaborée sur le secteur devrait mobiliser tous les dirigeants pour que l’Afrique assume elle-même l’alimentation de ses enfants. Il y va de notre souveraineté alimentaire.

 Sur une émission de radio un Monsieur avait dit : « La santé commence d’abord par boire de l’eau potable » c’est sans réserve que je partage cette idée, car une eau qui non potable entraîne des maladies qui habituellement tuent nos populations. Mais l’eau c’est d’abord la vie, chaque pays devrait s’assurer de l’adduction en eau courante dans chaque foyer. Ce qui n’est pas le cas malheureusement dans nos pays, le nombre de foyer et la qualité de l’eau distribuée ne font que diminuer d’années en années fautes également de bons programmes nationaux d’adduction d’eau. Cette précieuse richesse doit également relever de la souveraineté d’un Etat à travers des contraintes qui obligeraient les concessionnaires à multiplier les investissements afin d’accroître le nombre de foyer qui ont accès à l’eau courante.

 Enfin la culture, on dit souvent que « C’est ce qui reste quand on a tout perdu », et oui c’est tout à fait vrai. Après l’esclavage et la colonisation qui ont considérablement entamés notre culture, il est de la responsabilité de nos dirigeants de faire en sorte qu’elle soit valorisée pour ne pas oublier et perdre nos origines, nos croyances et rites, nos us et coutumes. Notre culture est notre équilibre sans aucun doute, c’est notre rempart car nous nous référons à elle dans les moments difficiles.

 Avec la mondialisation et la globalisation du monde actuelle, il serait préjudiciable pour nous Africains d’abandonner ou de négliger notre culture au profit de celle des autres. Nous devons comme ces derniers la diffuser et la valoriser car étant trop riche et belle pour la garder seulement pour nous. Il constitue un secteur de souveraineté. Les Etats doivent garantir sa pérennité à travers les années à venir pour que les générations futures  et le monde se rappellent de nos origines et de nos pratiques.

 Si véritablement les dirigeants considéraient ces domaines comme étant souverains, nous n’en saurions pas à ce niveau de nos jours. Pour avoir une croissance soutenue et maîtrisée de nos pays, il faudrait sans aucuns doutes se réapproprier le concept de souveraineté. Elle n’est pas seulement celle-là qui est célébrée chaque année lors des fêtes de l’indépendance à travers le continent, elle est surtout celle qui relève de la « conservation » de la Nation et de l’Etat.

Pause café avec Kemi Seba

Avec KEMI SEBA après l’interview

Aujourd’hui, c’est au tour de Kemi  Seba de se prêter aux questions d’Esprit africain au sujet de l’état actuel du mouvement panafricaniste et du rôle que devrait jouer la jeunesse africaine pour la réalisation de ce rêve voulu par ses précurseurs. Grand panafricaniste de cause et de fait, et œil averti de la vie sociopolitique du continent, il a bien voulu partager avec nous son regard sur cette épineuse problématique contemporaine.

C’est dans un café situé au quartier Mermoz à Dakar que nous avons eu ces échanges.

Esprit africain : Bonjour, pour ceux qui ne te connaissent pas encore peux-tu  te présenter auprès de nos lecteurs et leur dire les activités que tu mènes actuellement?

Kémi Seba : Bonjour mon frère, je suis polémiste panafricain, conférencier, chroniqueur télé à la 2STV dans l’émission Le Grand Rendez-vous, par ailleurs je suis auteur de deux livres Supra-négritude et MA’AT IKH-S philosophique   parus aux éditions Fiat Lux et je serais également l’auteur de deux prochains livres, Black nihilisme (Ndlr : déjà en librairie) et contre histoire de la conscience noire qui sortiront s’il plaît à Dieu en avril 2014.

Esprit Africain : Tu es né et as grandi en France, mais pourtant en 2011 tu as décidé de venir vivre en Afrique, notamment au Sénégal. Pourquoi cette décision et pourquoi le choix du Sénégal ?

 Kémi Seba : Parce que depuis que j’ai commencé l’activisme en 1999 en France, j’ai toujours dit qu’un panafricain loin de l’Afrique était comme un footballeur sans ballon. J’estime qu’il était nécessaire après s’être opposé à l’oligarchie occidentale sur son terrain, pendant un temps, d’aller à l’étape supérieure. Cette  étape qui est celle de proposer après s’être opposé me paraît la plus mature et la plus digne d’un point de vue intellectuel. Cela signifie aller sur le terrain, endurer les conditions de vie africaine qui sont sur certains points plus difficiles que celles qu’on trouve en Occident- on ne doit pas se mentir- abandonner nos privilèges qui font de nous (diaspora) des enfants de l’opulence. C’est une démarche d’introspection réelle par rapport à ce que l’on peut apporter au continent africain et non pas sur quoi on doit critiquer, parce que je remarque qu’on aime bien critiquer sans pourtant se remettre en question. On a une responsabilité, nous sommes les acteurs de nos vies, soit les messies ou les bourreaux de notre destin.

Esprit Africain : En tant que militant panafricaniste, peux-tu nous dire ce que le panafricanisme signifie pour toi et qu’est-ce qui t’as poussé à militer pour cette cause?

Kémi Seba : Le panafricanisme est malheureusement devenu au 21e siècle un terme fourre-tout où tout le monde déclare appartenir à cette idéologie. Pour moi ce n’est pas seulement réunir les Africains, je veux dire que quelqu’un comme Idriss Déby qui se réunit avec Blaise Compaoré ou avec  Alassane Ouattara  ou encore qui se réunit avec Ali Bongo. Si on me dit que ces hommes sont des panafricanistes, je dirais que je ne me reconnais pas dans leur panafricanisme. Par extension, je ne me reconnais pas dans le panafricanisme de Maître Abdoulaye Wade, c’est ce qui m’a valu des problèmes lorsque je travaillais en collaboration avec l’un de ses ministres dans une organisation panafricaine.

Je pars du principe que le panafricanisme doit être une arme de défense des Africains face au mondialisme, le panafricanisme doit être une unité, non pas seulement d’hommes mais aussi de valeurs, une unité idéologique sur le terrain de la résistance face à la pénétration colonialiste au 20e siècle et mondialiste au 21e siècle que nous vivons aujourd’hui à travers les multinationales, la franc-maçonnerie, les réseaux occultes qui sont sur le continent pour accélérer le processus de spoliation et de dégénérescence culturelle économique et politique des nôtres.

Esprit Africain : Comment expliquer le fait que le mouvement panafricaniste soit amorphe  depuis quelques années, pas grand-chose n’est organisé autour de ce mouvement ?

Kémi Seba : Je suis beaucoup plus nuancé que toi sur cette réflexion, au sens que de ce que je vois, les résultats que je retrouve sur le terrain eu égard à mon travail, mais aussi au travail d’autres personnes qui peuvent être en première ligne à mes côtés, attestent que le panafricanisme n’est pas si mort que cela. Le panafricanisme n’est plus une affaire d’hommes d’Etats, si je dois apporter une nuance c’est celle-ci. Auparavant on parlait du panafricanisme à travers les Patrice Lumumba, Julius Nyerere, Almicar Cabral, Thomas Sankara, Kwame Nkrumah. Aujourd’hui le panafricanisme s’est éloigné de la sphère politique pour la simple et unique raison que dans la sphère politique Africaine ce sont que des collaborateurs de l’impérialisme qui sont présents, donc le panafricanisme indépendant dissident ne peut pas se retrouver à l’intérieur d’une capsule dans laquelle l’impérialisme a fait son lit.

C’est pourquoi le panafricanisme s’est décalé dans la société civile. Nous retrouvons dans cette société civile un certain nombre de forces contrairement aux apparences, notamment dans les universités qui en sont un véritable vivier de jeunes qui aspirent à cette unité africaine, pas une unité de malfrats, pas une unité de corrompus, pas une unité d’aliénés, mais une unité de personnes qui résistent au nouvel ordre mondial qui s’installe en Afrique même si ce nouvel ordre mondial n’est pas nouveau en Afrique.

Esprit Africain : OK, mais actuellement dans les médias on remarque qu’il n’y a pas assez de congrès organisés autour du panafricanisme ?

Kémi Seba : Je vais te répondre très simplement, il y a eu un très grand congrès qui s’appelle le congrès de Badagryau Nigeria qui a eu lieu il y a quelques mois. Il a regroupé des militants du Sénégal, des Etats-Unis, du Nigeria, du Bénin, d’Afrique du Sud et l’évènement a été quand même été relayé dans la presse…..

E.A : Y a-t-il eu un manifeste comment lors des congrès passés ?

K.S : …Bien sûr, il suffit juste de bien se renseigner. Maintenant la question est de savoir si le panafricanisme doit seulement se situer dans le cadre d’un congrès ? Il y a le FESMAN (Festival Mondial des Arts Nègres) qui est organisé et qui est sensé être un Festival mondial de la culture noire et du panafricanisme,  on sait que c’est de l’escroquerie. Moi je ne fais pas partie des gens qui pensent que le panafricanisme doit-être mis dans un enclos qui serait un congrès, il y a eu des centaines de congrès pourtant le continent n’a pas changé depuis lors. Il faudrait aujourd’hui que le panafricanisme pénètre la société civile, les étudiants, le citoyen africain, le villageois. Ce dernier cité n’a pas forcément les moyens ni capacité pour assister à un congrès.

Je suis dans une sorte de décentralisation intellectuelle de cette démarche panafricaine.A travers l’émission le Grand Rendez-vous sur la 2STV qui est très suivie au Sénégal et dans la sous-région, on a des retours des gens de différents corps de métiers qui rentrent dans les affaires panafricaines à travers cette démarche-là. On a la chance d’avoir une arme plus puissante que la télévision qui est internet, les deux jugulés de la meilleure des manières faciliteraient une conscientisation massive et c’est sur ce terrain que nous nous situons.

Esprit Africain : Est-ce qu’il existe des structures bien constituées qui ont pour objet la promotion du mouvement panafricaniste à travers le continent ?

K.S : Je vais te répondre clairement, il n’y en a pas parce que je pense que beaucoup pensent aux idées panafricaines, mais très peu ont le courage de venir les défendre en première ligne. J’ai énormément de gens qui m’écrivent sur les réseaux sociaux et qui sont touchés par notre démarche, on a une communauté de plus de 21 000 personnes sur ma page Facebook officielle Soutenons Kemi Seba https://www.facebook.com/KemiSebaOfficial . Cela prouve qu’il y a beaucoup de gens de différents endroits qui s’intéressent à la question panafricaine, c’est quelque chose que nous ne pouvons pas nier. Maintenant nous nous préparons et on pense que cela demande de la précision et de la réflexion, c’est dans ce sens qu’une structure, un mouvement panafricain citoyen qui s’appellera  « Panafricanisme 2.0 »  verra le jour en fin janvier . Il y aura une série de conférences de presse à cet effet. Le mouvement aura  deux branches, la première aura pour but la sensibilisation des populations sur les dangers du mondialisme à travers les multinationales et les loges maçonniques et tous les réseaux occultes occidentaux qui sont installés sur le continent et la seconde branche utilisera la non-violence comme Greenpeace pour faire une pression psychologique afin de faire comprendre aux multinationales qu’elles ne peuvent pas continuer à spolier les richesses du continent, on ne peut pas continuer comme cela. Ça doit être maintenant du gagnant-gagnant ou bien se sera du perdant-perdant.

Esprit Africain : A l’heure où l’on parle de globalisation de mondialisation et de village planétaire, quelle politique le continent devrait adopter pour affirmer sa négritude dans ce bouillon de culture ?

Kémi Seba : Le mondialisme est un processus qui va vers de la dérégulation, de la dégénérescence d’un principe naturel qui est la mondialisation et qui est voulu par les oligarques pour accélérer la logique qui nous emmènera vers un gouvernement mondial dans lequel les identités seraient asphyxiées, les différences sexuelles seraient gommées d’où l’effervescence du concept du transgenre qui prend de l’ampleur dans les sociétés occidentales, la légalisation des mariages homosexuels, etc. Tout ce qui va dans le sens de détruire la famille, de détruire les frontières, de détruire ce qui fait le particularisme de l’être humain, tels sont les objectifs de cette classe oligarchique.

L’Afrique est son terrain de jeu dans ce sens-là, le seul aspect qui peut ralentir cette dégénérescence qui a commencée depuis bien longtemps chez nous, je veux dire que le gouvernement mondial c’est nouveau pour les Occidentaux, mais pas pour les Africains quand on voit durant la  traite négrière des gens qui s’appelaient par exemple Gérard Lemier alors qu’il vient de l’Afrique ou encore d’autres noms parce qu’il y a aussi eu l’esclavage pratiqué par les Arabes ; donc il y a des gens qui ont perdu leur nom originel, ce sont des personnes qui ont vécu le mondialisme dans leur chair depuis le commencement. Le panafricanisme est un contre mondialisme lorsqu’il est bien usité.

On a compris que c’est lors de la conférence de Berlin organisée en 1884 et 1885 que nous avons été découpés, divisés, subdivisés en différents pays. Aujourd’hui, il est temps de gommer ces identités factices pour aller vers un Etat fédéral africain, mais en comprenant qu’on ne doit pas tomber dans le piège de s’allier à des forces qui depuis un certain temps nous ont montré en réalité lorsqu’on prend la peine de bien les étudier, qu’elles n’étaient pas nos alliés, mais nos ennemis. Quand on voit la manière dont la France se positionne aujourd’hui sur le continent africain, c’est en gendarme parce que nous avons une démarche d’irresponsabilité de notre part, on peut constater qu’il y a alors un problème de fond dans le sens où la France vient en amie et non en colon. c’est   » l’impérialisme de la vertu » , je l’appelle ainsi. Au nom des droits de l’homme, on vient imposer la démocratie, on vient aider les pauvres Africains qui sont incapables de tenir cette démocratie, on vient  développer et tirer le pétrole de ces gens-là et créer soi-disant du travail alors qu’en réalité les emplois qu’ils créent ne sont pas le millième de ce que cela devrait générer si on parlait du donnant-donnant. On est dans une démarche évidemment disproportionnée due au fait que les contrats sont donnés à des chefs d’Etat qui se taisent en échange d’une part.

Esprit Africain : Maintenant que tu vis en Afrique, vois-tu une différence entre l’Afrique que tu connaissais quand tu vivais en France et celle que tu côtoies désormais quotidiennement ?

K.S : Très clairement et simplement je pense que tout panafricain qui le vit et qui réside en Occident ne peut pas rentrer en Afrique et faire comme si il était en vacances. On doit contribuer au développement politique, intellectuel et moral du continent à condition de faire une purge de nos défauts hérités de l’individualisme forcené qu’on retrouve en Occident. Maintenant la réalité africaine est telle que je suis touché par ce que je vis, je suis touché par la mentalité qu’on peut trouver ici, il y des défauts évidemment, mais je me sens plus à l’aise avec les miens que lorsque je suis dans un environnement qui ne m’est pas favorable. Sur le plan africain il y a une passivité, un fatalisme.

Esprit Africain : De quels ordres ?

Kémi Seba : D’ordre moral et religieux. Je m’explique, beaucoup de personnes au lieu de tenter de prendre en main leur destin disent que c’est Dieu qui veut que les choses se passent comme ça, que se soit dans les communautés chrétiennes évangélistes ou dans les confréries musulmanes…

E.A : Il faut aussi comprendre que c’est parce qu’au départ nous sommes des peuples animistes

K.S : …L’animisme nous permet d’être en harmonie avec la nature pour prévoir ou anticiper certaines choses qui pourraient arriver par la suite. Que se soit chez les chrétiens comme chez les musulmans il y a cette démarche qui parle de la volonté de Dieu dans ce qui arrive, c’est pourquoi j’ai une position médiane qu’on appelle la tradition primordiale, le pérenialisme, qui va dans le cadre de la connaissance de soi réelle du continent africain. L’extension ultime est l’islam (comme il est musulman) mais la racine c’est ce qu’on peut trouver dans la tradition Fang (langue du Gabon) dans le culte BWITI (rite initiatique Gabonais), dans le Vaudou (rite béninois, togolais) c’est cela la tradition primordiale et moi je fais ce trait d’union entre l’étude de la tradition primordiale et la religion monothéiste qui permet de nous affirmer dans une unicité de Dieu sans oublier nos ancêtres.

Esprit Africain : Pour en venir à la jeunesse africaine, comment trouves-tu sa situation actuelle? Penses-tu que tout va pour le mieux ?

Kémi Seba : Non, il y a évidemment une perte de valeurs due au mondialisme encore une fois, c’est-à-dire avec internet tu trouves tout ce qu’il y a de pire en Occident. J’ai été choqué de voir dans un Cyber du quartier une jeune fille de 13 ans que je connaissais de vue, en train de regarder un film porno et dès qu’elle m’a vu passé elle a vite changé. Ça m’a fait mal parce qu’apparemment c’est une fille studieuse qui travaille bien. Je trouve que c’est un peu trop tôt pour suivre ce genre de chose à cet âge quand on connaît nos interdits africains concernant la sexualité. On a le pire qui nous arrive comme le meilleur, mais il y a un problème de tri d’information et ceux qui ne savent pas le faire s’exposent à tous les dangers d’internet ce genre de choses accélère le processus de perte de valeur. On voit aujourd’hui un certain nombre de choses, je ne dis pas que c’est l’Occident qui a inventé la drogue ou quoi que ce soit ce n’est pas le sujet, mais je dis qu’il y a une importation des valeurs dues à l’ultralibéralisme qui s’adapte aujourd’hui aux réalités africaines par le biais de nos élites qui sont au service de l’impérialisme. Tout cela participe à la déliquescence de notre société, c’est évident.

Esprit Africain : Pouvons-nous dire alors que la jeunesse perd ses moyens pour tenir le flambeau du panafricanisme ?

Kémi Seba : Je pense qu’on ne peut homogénéiser les choses en parlant de la jeunesse…

Esprit Africain : …En fait on remarque que la jeunesse active est élitiste et cette dernière arrive à se prémunir de certains dangers par contre celle qui ne l’est pas c’est-à-dire la masse populaire, se trouve en proie aux dangers de la mondialisation.

Kémi Seba : …Comme les élites aussi, je peux te l’assurer pour avoir fréquenté les deux milieux je crois que tu le sais aussi, parce que le pire on le retrouve parfois beaucoup plus en haut qu’en bas. Je relativise par rapport à ta réflexion pour la simple raison qu’il y a certaines couches de la société notamment les villages et qui sont très nombreux en Afrique, qui sont protégés pour l’instant des dangers de la mondialisation. On n’y verra pas les ravages de la drogue ou ….Et je n’aime pas faire le puritain parce que je n’aime pas en tant qu’intellectuel d’être réactionnaire, toutefois il y a certains maux dans les capitales africaines qui trouvent résistance dans les villages. Il y a encore aujourd’hui des gens qui ont une éducation morale, qui sont enracinés dans la connaissance de la tradition et des valeurs, mais de l’autre côté il y a ceux qui sont complètement perdus et au milieu de tout ça il y a  le panafricanisme qui est une alarme qui sonne dans les têtes. Ne serait-ce que sur un terrain concret, les gens veulent circuler librement sur le continent africain.

Moi j’ai un passeport béninois et quand je vais au Nigeria il y a à la frontière Bénin-Nigeria  plus de dix gardes pour te contrôler alors que nous sommes sensés être dans un même territoire, on est dans l’irrationalité la plus totale.  Ce n’est pas que je m’inspire d’eux, mais je remarque que les Européens à travers l’Union européenne ont au moins réussi ce problème d’intégration à part ça, le reste est à critiquer. Il faudrait que l’intégration soit une réalité sur tout le continent en dépit de certains Africains qui manipulent ces différences ethniques pour conserver ou conquérir le pouvoir. .

Esprit Africain : Le 5 décembre dernier, Madiba Mandela nous a quittés, que retiens-tu de lui ? Quel héritage laisse t-il à nous jeunesse africaine ?

Kémi Seba : J’ai fait un communiqué sur ma page Facebook qui résume tout sur ce sujet, dans lequel j’explique que Mandela est un géant quels que soient les profonds et violents désaccords que je peux avoir avec lui par rapport à ses choix postapartheid. On ne peut pas parler de paix sans justice, on ne peut pas parler de paix sans redistribution des terres, d’ailleurs c’était la position de Winny Mandela qu’on diabolise aujourd’hui à cause de certaines de ses erreurs. On ne peut pas parler de paix alors que certains criminels courent toujours en Afrique du Sud. Donc je pense qu’il y a des points qui posent problème par rapport aux choix qu’il a pu faire, mais cela n’en demeure pas moins que ce fut une grande personne qui a su pardonner après 27 ans de prison et qui a vu sa vie basculer sur plusieurs plans. Je l’aime en tant que père qui a fait de bons choix et des erreurs donc je ne l’accule pas. Idéologiquement je me sens, je vous le dis, plus proche des hommes comme Lumumba, Sankara, Nyerere.

Esprit Africain : La France intervient une nouvelle fois en Afrique, notamment en Centrafrique et tout récemment au Mali et dans le passé en Libye. On a l’impression de revivre la période postindépendance ?

Kémi Seba : La faute à qui ? La faute à deux catégories de personnes, d’abord la société civile ne manifeste pas, objectivement il faut le dire, chacun manifeste dans son coin, on marmonne tous. Moi à mon niveau j’essaie de taper du poing sur la table, ça vaut ce que ça vaut, mais ce n’est pas une l’émission télé aussi populaire qu’elle soit qui va changer la volonté politique de nos chefs d’Etat. En fait la société civile ne joue pas son rôle, c’est pourquoi nos chefs d’Etat font ce qu’ils veulent. Ensuite, il y a les chefs d’Etat qui n’arrivent pas à jouer le rôle de protecteur. Je vais vous choquez, moi je n’en veux pas à la France de venir se faire du beurre ici car c’est nous-mêmes qui préparons le terrain à la margarine.

Esprit Africain : Pour finir,  en cette fin d’année 2013, quel message lances-tu à la jeunesse africaine d’une part et à aux dirigeants du continent d’autre part  concernant le panafricanisme ?

K&mi Seba : J’appelle une technologie aujourd’hui, les réseaux sociaux. On peut créer les nôtres, mais surtout voir ce qui est fait sur le territoire africain parce qu’il faut se concentrer sur le terrain, on est très nombreux à porter le panafricanisme, mais très peut en première ligne. Nous avons aujourd’hui un réseau qui verra le jour en janvier 2014 qui s’appelle Panafricanisme 2.0 qui compte agir sur le terrain pour lutter contre l’infiltration mondialiste en Afrique et qui veut aussi faire pression sur les multinationales afin de lutter contre la spoliation de nos richesses.

Retrouver Kemi Seba sur sa page Facebook official :https://www.facebook.com/KemiSebaOfficial