zorgblog.canalblog.com

Suis-je dans un cauchemar ? Si oui, s’il vous plait réveillez moi car il m’est impossible de continuer à le vivre tellement je souffre dans ma chair. Chaque jour est un lot de désarroi, d’incompréhension, d’amertume et de frustrations. Je me sens comme étranger dans un pays qui m’a pourtant vu naître, dans un continent qui a bercé toute ma courte vie. J’entends ici et là les gens dire que le monde évolue. Si seulement ceux-ci pouvaient savoir ce que ce mot porte comme charge dans ce monde qu’ils disent « évolué ».

Pourquoi tant de problèmes au Gabon et en Afrique ? Pourquoi une sorte de mauvais karma plane au-dessus de nous ? Avons-nous commis  dans l’histoire un crime que nous devons payer à travers tous les malheurs que nous connaissons ? Ou sommes-nous tout simplement perdu dans un monde dit « évolué » ? Ce sont autant de questions que je me pose quotidiennement.

Une citation que j’affectionne particulièrement ouvre une brèche dans ma quête : « Le corps humain est comme un Etat, les plus graves maladies proviennent toujours de la tête ». Et bien je crois qu’une partie du problème réside à ce niveau. Pourquoi le dis-je ?

L’illégitimité, la cupidité et l’absence de vision, tels sont les véritables criquets qui ravagent le champ dont la culture est le peuple africain.

L’illégitimité du chef

Comment peut-on songer « évoluer » si le peuple ne reconnait pas le chef établi ? Légalement, la Constitution le reconnait comme étant le chef de l’Etat mais pas le peuple, d’où son illégitimité. C’est l’une des plaies béantes du continent. Pensez-vous que le peuple s’impliquera totalement dans les réformes que ce chef illégitime engagera ? Pensez vous que l’administration collaborera comme cela ce doit pour la réalisation de ses projets ? Du tout pas.

Pourquoi cela ? Parce qu’en Afrique l’autorité du chef doit être incontestable, s’il s’avérait qu’elle soit contestée alors une fracture apparaîtra ouvertement. C’est sans conteste l’explication des nombreuses guerres civiles et coups d’Etat en Afrique en dépit de tout ce qu’on peut dire. Une partie du peuple considère illégitime le leader de l’autre partie.

Vous me parlerez de la loi, du suffrage universel ou de la démocratie. J’en suis conscient, mais croyez moi ces valeurs et principes nobles sont galvaudés car mal compris à cause de la collusion entre notre culture et ces valeurs prônées par l’Occident. Le mal s’accentue avec cette génération « has been » qui nous dirige  et qui n’est toujours pas entrée dans le XXIème siècle. Elle s’enferme dans la Françafrique, la Franc-maçonnerie et les réseaux obscurs pour diriger, oubliant que plus de la moitié de leur peuple est jeune donc défavorable aux anciennes pratiques.

La cupidité mère de tous les maux

Certains disent que la pauvreté est un état d’esprit, d’autres diront que quand on a de l’argent on en veut davantage. S’il faut entrer dans ce débat, nous n’en sortirons jamais. Toutefois, je m’appesantirai sur la première assertion car je pense que c’est l’état d’esprit qui commande en principe nos actions.

En Afrique, c’est la ruée vers l’argent, un nouvel âge sonna le jour où les blancs ont introduit ce nouveau moyen d’échange sur le continent plantant ainsi les germes de notre perte. Croyez-moi l’argent n’est pas un problème en soi mais c’est le rapport que nous avons avec lui qui en est un. Tout le monde veut se faire de l’argent mais à quel prix ?

La corruption et les détournements sont devenus une religion et l’argent leur prophète, des cancers qui rongent sournoisement nos consciences et vide les caisses de l’Etat.

Nous sommes tellement pauvres en esprit et en matériel que nous oublions l’essentiel dans nos vies. Les choses que nous voulons posséder finissent malheureusement par nous posséder, comble des combles.

Au Gabon par exemple, les plus cupides s’adonnent à des crimes rituels pour avoir de l’argent, les filles couchent avec le plus offrant pour s’acheter un sac GUCCI ou LV, les hommes se font homo pour avoir en retour des privilèges, des promotions, ou tout simplement de l’argent, les jeunes s’adonnent à l’alcool et aux drogues, d’autres invoquent tous les démons pour obtenir « facilement » de l’argent. Toutes ces choses me font dire que nous marchons vraisemblablement sur la tête. Pis l’histoire de nos peuples est inconnue du grand nombre parce que pas assez enseignée dans les lycées et collèges. Autant de raisons qui nous perdent et plongent dans l’aliénation.

Comment éduquer le peuple sur des valeurs pécuniaires ? Quel héritage comptons-nous léguer à nos enfants ? Quelles sont les valeurs que nous devons inculquer au peuple ? Voici des questions essentielles qui malheureusement semblent être le cadet des soucis d’une partie de la société gabonaise.

Sans vision, nous sommes perdus

La Bible dit ceci : « Sans vision, le peuple vit sans frein » . Elle dit plus loin :  » Là où il n’y a pas de vision, les peuples périssent ».  Sans vision, nous naviguons sans boussole dans un océan tumultueux. Je pense que l’une des tares de ceux qui sont censés nous diriger est le fait qu’ils n’aient aucune véritable vision qui s’inscrit dans le temps et qui s’impose à tous les régimes qui se succéderont au pouvoir. Quelle nation voulons-nous bâtir ? Quel rôle voulons-nous jouer dans le concert des nations ? Quelle économie voulons-nous avoir pour notre pays ? Quelle société voulons-nous construire et sur quelles valeurs ? C’est entre autre ces quelques questions qui fondent la vision d’un pays. Sans un vrai leader, aucune vision n’est possible.

Ne me parlez surtout pas du pompeux concept de l’émergence qui est pour moi une véritable arnaque idéologique.

Quand je regarde nos pays, je me rends compte que chaque régime vient avec ses projets qui ne rentrent pas dans le cadre d’une vision républicaine. Résultat, chacun fait ce qu’il a à faire durant son mandat et s’en va (quand celui-ci est respecté), puis le second vient avec ses idées et s’en va comme le premier et ainsi de suite.

Prenons le cas de l’éducation nationale au Gabon. Depuis près de vingt ans, les mêmes problèmes resurgissent avec les mêmes causes et les mêmes effets. Pas assez de salles de classe, le nombre insuffisant des enseignants, le non paiement des salaires ou des primes etc. la même rengaine chaque année sans qu’elle ne trouve solution définitive. Ce constat est le même dans la santé, la sécurité sociale, la sécurité, l’adduction d’eau et électricité, le sport, l’agriculture etc. Tous ces secteurs sont à chaque nouveau mandat au cœur des préoccupations, c’est ma foi irresponsable et honteux. En somme,  je dirai que nous faisons du sur-place depuis de longues années parce que nous marchons sur la tête.

Rien de grand ne pourra être fait sur ce continent si une véritable prise de conscience collective n’est pas entamée. Un bilan de notre parcours s’impose pour voir nos erreurs et tenter de rectifier le tir pour les années à venir. Je crois en l’Afrique et au Gabon parce que malgré tout je crois en chaque fils et fille de ce continent. Un matin nous ne nous lèverons plus après un cauchemar mais nous vivrons notre rêve.

The following two tabs change content below.
Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

One thought on “Gabon-Afrique : Peut-on dire que nous marchons sur la tête ?

  1. Generalement, l’Homme se reveille en sursaut lors d’un cauchemar et tente de se rendormir apres un beau rêve en pensant le rattraper ou le vivre à nouveau.domage! Qui aime la souffrance? Qui aime voir couler du sang ou des larmes?
    Finalement la question qui se pose est celle de savoir si nous vivons finalement un cauchemar? Auquel cas on se serait deja levé.où nous sommes simplement dans notre rêve?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *