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Statue d’une hermaphrodite de Maitre MINKO MI-NZE qui se libère en brisant ses chaines. Elle est érigée en face de palais présidentiel au bord de mer

Principale ville du pays, la capitale gabonaise porte un nom très évocateur pour les défenseurs de l’épanouissement du corps et de l’esprit. En la baptisant « Libreville », le fondateur de cette ville a voulu véhiculer un message intemporel sur la liberté chèrement gagné après 400 ans d’esclavage. Aujourd’hui en 2015 peut-on dire que notre capitale porte dignement son nom ? Les Librevillois se sont-ils appropriés de cette liberté ? En ont-ils conscience ? Se sentent-ils libres ? Autant de questions qui me laissent perplexe au vu des observations faites.

Le 17 octobre 1849 alors que la traite négrière est abolie,  un navire négrier brésilien nommé L’Elizia transportant 52 esclaves est arraisonné par la frégate française Pénélope. Tous les esclaves que ce négrier transportait furent libérés et regroupés dans l’actuel quartier Montagne-Sainte, ce fut la création de Libreville. Ce nom fut donné par le capitaine Louis Edouard Bouet-Willaumemez en souvenir de ces esclaves qui recouvraient enfin leur liberté.

Esprit de Liberté où es-tu ?

Après 166 ans d’existence Libreville n’est plus ce qu’elle fut tant dans la forme que dans le fond. Dans la forme, les changements imposés par le développement urbain ont transformé ce qui fut une petite bourgade en une grande ville africaine cosmopolite et multilinguistique avec ses immeubles et échangeurs, ponts et autres édifices publics et privés. Dans le fond, l’esprit de liberté qui sous-tend la nature même de la ville, sa personnalité, son identité, sa singularité, son humanisme est à mon humble avis absent sinon pas très visible. J’entends par esprit de liberté toutes les expressions de celle-ci dans l’urbanisation de la ville, dans la culture, dans l’épanouissement des Librevillois, dans le cadre de vie et bien sûr dans la psychologie librevilloise.

Comment peut-on croire qu’une ville comme Libreville qui devrait insuffler l’esprit de liberté et conserver son histoire n’ait pas de véritable musée si ce n’est cette salle d’exposition qui en fait office, pas de théâtre national ni de conservatoire de musique encore moins un centre culturel gabonais. Comment éduquer les Librevillois et Librevilloises si la soi-disant bibliothèque nationale n’est que l’ombre d’elle-même ? Comment stimuler le génie des artistes s’ils n’ont pas de tribune, celui des peintres et sculpteurs de pierre de Mbigou ou de bois s’ils n’ont pas de musée d’art contemporain ? Un vrai gâchis pour une ville qui a tant à offrir au Gabon et à l’Afrique.

Je suis à n’en point douté révolté de voir la déliquescence du cadre de vie des Librevillois alors que tout y est pour qu’il soit meilleur. Dans les quartiers les jeunes n’ont pas de terrain de sport, je ne parle même pas de l’absence de « maison de jeunes » où ceux-ci pourraient faire de la musique, des arts martiaux ou toute autre activité qui élève l’esprit. Faire du sport à Libreville n’est vraiment pas évident, car les infrastructures ne le permettent pas pour le citoyen lambda. Parfois les après-midis je me demande où je pourrais aller me balader avec ma fille et ma fiancée. Grande est ma désolation de constater qu’il n’existe pas de parc dans cette capitale. Quel dommage !  Vous vous rendez compte qu’un haut lieu historique comme l’île de la pointe Dénis coûte la peau des fesses pour s’y rendre en chaloupe alors qu’elle n’est qu’à quelques minutes de Libreville. Il n’y a qu’une certaine classe qui arrive à se payer cette traversée, je trouve ça discriminatoire.

 Le devoir de mémoire

Libreville est comme une belle femme que l’on cache à ses amoureux alors qu’elle aimerait bien partager toute sa splendeur et sa merveilleuse histoire. Les habitants ne connaissent pas dans leur majorité, l’histoire de leur ville, beaucoup ne savent pas comment elle fut fondée et par qui. Certains ne connaissent même pas les différents rois qui la gouvernèrent à l’époque ni où étaient installés leurs royaumes encore moins comment toutes les ethnies ont fait pour y vivre ensemble. C’est à mon sens une hérésie que de gouverner le peuple sans lui donner la possibilité de connaître l’histoire de la terre qui le porte.

L’histoire nous permet de comprendre le passé pour que nous nous appropriions le présent afin de construire un avenir meilleur. Le comble c’est qu’en Afrique et particulièrement au Gabon, l’histoire n’est pas très souvent mise en avant. C’est l’une des raisons pour lesquelles nos peuples se dénaturent pour adopter des cultures venant d’ailleurs et que nous jugeons à tort meilleures. Je vais à ce sujet citer Stéphane Hessel qui disait : « Hélas, l’histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire ». Que dira-t-on alors des peuples qui ne connaissent pas la leur pour en tirer les leçons ?

Je pense qu’en ce monde qui devient de plus en plus mondialisé, il est plus qu’important sinon impérieux que les gouvernants et la municipalité de Libreville, revoient leurs politiques de la ville afin que ceux-ci participent à la conservation de notre patrimoine commun, à l’expression de la liberté sous toutes ses formes pour que Libreville en soit un véritable havre. J’ai particulièrement apprécié la célèbre « fête des cultures de Libreville » créée par l’ancien maire Paul Mba Abessolo. C’était un évènement génial qui rassemblait tous les Librevillois, Gabonais et Africains autour de la culture. Ou encore l’implantation des œuvres artistiques dans les grands carrefours de la capitale, ce qui participe à son embellissement et à la promotion des talents librevillois.

Libreville mérite mieux que ce qui est, elle a besoin de recouvrir une nouvelle liberté, un nouveau souffle qui fera vibrer ses habitants au plus profond de leur être pour la gloire et la prospérité de notre chère et libre capitale.

Je t’adore Libreville !!!!

 

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Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

7 thoughts on “Libreville porte-t-elle bien son nom ?

  1. Libreville c’est la porte de la liberté, Chacun est libre de détourner des fonds au vu et au su de la Justice (politisée), les taximens sont libres d’augmenter les tarifs des trajets comme bon leur semble, le politiciens est libre de tuer l’enfant de Makaya sans que ce dernier est le courage de porter plainte (et là même, la police est libre de bien enquêter ou pas), les gabonais sont libre de ne pas évoluer, bref Libreville c’est la porte de la Liberté!

    • Je vois dans quel sens tu vas avec cette liberté liberticide. Nous condamnons ces libertés qui tuent le pays, la ville. Personnellement je ne comprends pas pourquoi les taxis augmentent les prix selon leur bon vouloir sans que l’Etat ne réagisse. C’est un désordre, la liberté de faire le désordre.

    • Franchement je trouve cela écœurant que nous ne faisons pas la promotion de notre propre histoire. Les autorités ne pensent pas à la base pour construire de grandes nations alors que tout passe par l’histoire et la culture pour avoir des nations fortes et fières…C’est plus que déplorable !!!!

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