Tous droits réservés

Yacine Diao. Photo prise par Barack Nyare Mba

Cette semaine je suis allé pour vous à la rencontre d’une jeune Africaine d’un autre genre. C’est dans les beaux locaux de sa société située à Dakar que Paule-Prisca Aognigui de son nom gabonais, me reçoit pour partager avec vous son expérience de femme chef d’entreprise. Avec une allure qui fait penser à  celle de la rappeuse américaine Eve et dans une ambiance bon enfant, elle a sans tabou et avec pragmatisme donné son avis sur la place de la femme africaine dans le monde des affaires. Morceaux choisis.

Esprit Africain : Bonjour Yacine. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ?

Yacine Diao : Je m’appelle Yacine Diao je suis Sénégalaise d’origine gabonaise et vit au Sénégal depuis 8 ans. Je suis doctorante en Audit de passation des marchés publics et à la tête de l’entreprise ALLO SERVICES Sénégal.

E.A : Parlez-nous un peu de votre entreprise,  comment  vous est venue cette idée ?

Yacine Diao :  L’idée m’est venue naturellement à la suite d’un constat de la vie quotidienne. Un incident s’était produit chez moi lors d’une soirée, on s’est retrouvé dans une situation où nous n’avions pas le numéro d’un électricien et ne savions pas à quel service s’adresser. A la suite de ça on s’est promis d’ ouvrir une plateforme de prestataires indépendants composée de plombiers, électriciens, mécaniciens, menuisiers, vulcanisateurs, webmasters, femmes de ménage, professeurs de danse, photographes, baby-sittings et autres spécialités, pour offrir des services de proximité partout et à toutes heures.

E.A : Dans votre entourage, comment a été perçue l’annonce de votre initiative entrepreneuriale ?

Yacine DIAO : Ça n’a étonné personne ! On me sait assez entreprenante, audacieuse on va dire, parce qu’il a fallu de l’audace pour mettre en place cette structure. L’idée en tant que telle n’est pas extraordinaire, mais pour la réaliser il faut avoir du cran. J’ai pris mon courage à deux mains et avec la participation d’autres personnes je me suis lancée. Macha Allah (Grâce à Dieu) ça a très bien réussi parce que nous avons des clients importants. D’ailleurs je suis très fière de travailler aujourd’hui avec plusieurs ambassades, entreprises et particuliers qui nous on fait confiance dès le début.

Affiche ALLO SERVICES Sénégal C/P : Barack Nyare Mba

E.A : Quelles sont les plus grandes difficultés administratives ou financières rencontrées lors de la création?

Yacine Diao : Pour parler de la constitution de l’entreprise, sur le plan administratif je n’ai pas eu de problèmes parce qu’il faut dire que l’Etat sénégalais a mis les moyens pour faciliter les procédures avec le guichet unique au niveau de l’Apix qui permet d’avoir son statut en 48 heures. Financièrement, j’ai eu recours au financement participatif, assuré mes contrats à hauteur de 70 % pour faire face aux défaillances de certains clients. Les banques ont ainsi pu m’octroyer un crédit pour commencer. Le plus dur pour moi a été de constituer une équipe autour de l’idée du projet. Parfois j’étais obligée d’expliquer certains points à plusieurs reprises pour que les collaborateurs comprennent bien le projet.

E.A : Dans votre situation le fait d’être une femme est un inconvénient ou un atout ?

Yacine Diao : Etre une femme dans entrepreneuriat…(souffle)… je vais parler personnellement, je trouve que c’est un  inconvénient. En fait quand on se retrouve dans un milieu « stétostéroné » comme celui- ci (Rires), il y a des hommes qui vous encouragent et  d’autre utilisent des prétextes pour vous faire des offres abominables. Il faut être tout simplement forte et courageuse.

Employé ALLO SERVICES à son poste de travail. C/P : Barack Nyare Mba

E.A : Comment se passent les relations avec vos employés hommes  ?

Yacine Diao : Le rapport avec mes collaborateurs c’est ainsi que j’appelle mes employés, est un style free. A l’américaine ! C’est un rapport d’échange entre nous, j’implique les collaborateurs, je les incite  à s’intéresser à l’activité de l’entreprise, je donne mon point de vue et eux aussi pour atteindre nos objectifs.

E.A : La réalité d’une gestion d’entreprise correspond- elle à l’idée que vous vous en faisiez ?

Yacine Diao : Non, non pas du tout. Il faut avoir une certaine patience, les gens pensent que c’est facile et qu’on se fait de l’argent, mais il m’est arrivée de passer trois jours ici sans rentrer à la maison parce qu’il y avait beaucoup de travail. C’est vraiment dur comme métier, mais à la fin quand je signe un contrat, j’ai la banane toute la journée.  C’est gratifiant ! Donc il faut avoir de la patience et de la persévérance.

E.A : Pensez-vous que les femmes chefs d’entreprise ont un management différent de celui des hommes ?

Yacine Diao : Moi je dirais oui, parce qu’on a certaines aptitudes naturelles que les hommes n’ont pas. Les femmes qui se lancent sérieusement dans l’entrepreneuriat  réussissent toujours parce qu’on a beaucoup de patience, on a le cœur qui permet de comprendre, on a un bon rapport avec les hommes contrairement à ces derniers qui sont froids  dans leur relation professionnelle.

E.A : Pourquoi selon vous la femme africaine ne se lance pas assez dans l’entreprenariat ?

Yacine Diao : C’est un problème culturel parce que la femme africaine est censée vivre aux dépens de son homme. Voilà, c’est l’homme qui ramène l’argent, nous devons entretenir la maison, s’occuper du mari, faire des enfants, etc. C’est pourquoi les femmes entrepreneures ont du mal à se caser parce que l’homme voit dans ce genre de femme, une  rivale. Malgré cette façon de voir, les femme africaine ferait mieux de se lancer dans la création d’entreprises car je suis presque certaine qu’elles ont beaucoup d’aptitude.

E.A : Etes-vous membre d’une organisation de femmes entrepreneures ici à Dakar ?

Yacine Diao : Ici à Dakar il y a le WWD, c’est World Women of Dakar qui est un regroupement de femmes entrepreneures de toutes nationalités qui se réunit régulièrement. Ensuite je suis en rapport avec une association IDÉES DE FEMMES créée d’ailleurs par une compatriote gabonaise Nancy Ngoudiangoye qui regroupe des entreprises comme  Sonia Blessing  et organise des rencontres.

E.A : Un mot à l’endroit des femmes africaines intéressées par l’entrepreneuriat ?

Yacine Diao : Bon un mot à l’endroit de mes sœurs africaines, ce que je vais dire va paraître religieux ou spirituel je ne sais pas mais si ça peut aider je préfère le dire. Quand vous avez des aptitudes naturelles, il faut savoir que le jour du Jugement dernier pour ceux qui y croient, vous y en rendrez compte. On vous dira qu’on vous a donné des aptitudes plus que d’autres, mais n’avez rien fait de cela. Certains préfèrent la facilité du bureau au lieu de se découvrir. Moi je dis aux femmes africaines, à mes sœurs africaines, d’opter pour le challenge. C’est de là que renaîtra l’Afrique, les femmes doivent faire partie de la vie économique de ce continent. Il faut prendre des risques, il ne faut pas avoir peur de tomber ou des échecs.  En fait Il y a deux sortes de femmes, celles qui décident d’être subordonnées et celles qui décident d’émerger. Moi j’ai choisi d’émerger pour ne pas être subordonnée.

The following two tabs change content below.
Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *