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Carte de la démocratie en Afrique (http://www.statistiques-mondiales.com/carte_afrique.htm)

La problématique sur la démocratie en Afrique est toujours au centre des débats et au cœur des préoccupations des hommes et des femmes de ce continent.  C’est à la suite de l’article de mon ami blogueur Congolais Serge Katembera dont le titre est De quelle démocratie l’Afrique a besoin ? que j’écris ce billet afin d’apporter mon regard sur cette question qui a pourtant fait couler beaucoup de sang de salive et d’encre.

Je suis de la génération 80 et nous sommes en 2014, la démocratie à laquelle nous et ceux de la génération 90 souhaitons pour nos pays respectifs et pour notre Afrique, est presque la même que celle des générations qui nous ont précédées depuis les indépendances. Il est invraisemblable qu’après plus de cinquante ans, la plupart des pays soient encore au même niveau de revendications. Comme quoi la pilule démocratique a vraiment du mal à passer en Afrique.

Lorsque nos pays sont devenus indépendants en 1960, une partie des dirigeants de l’époque ont replongé très tôt leur peuple dans l’autoritarisme et l’oppression qu’ils venaient à peine de vaincre en devenant indépendants. L’oppressé est devenu l’oppresseur de son propre peuple à travers des systèmes comme le monopartisme, les coups d’Etat militaires, la permanence au pouvoir, la privation des libertés. Tous ces types de régimes abjects prévalaient et/ou prévalent au détriment de la démocratie pluraliste et des droits de l’homme qui étaient pourtant le fer de lance de la lutte pour les indépendances.

En trente ans de monopartisme (1960-1990) nos pays n’ont connu que des échecs socio-économiques et la naissance sur le lit de la corruption d’une classe politique habituée à la pensée unique. L’avènement du multipartisme en 1990 et les accords qui y ont été signés n’ont pas tenue leurs promesses, car jusqu’à nos jours nous n’avons pas des Etats démocratiques, mais plutôt des Etats qui semblent l’être au travers des pseudo organes ou institutions démocratiques (Cours constitutionnelle, commission électorale nationale, CNC, presse privée, conseil d’Etat, etc.).

Que faut-il alors pour nos démocraties ?

Sachant que la démocratie en Afrique consiste à la mise en place des institutions et organes pouvant la reconnaître, la garantir et la réguler, je proposerais quatre préalables pour la renforcer dans nos Etats :

1.      Un Etat de droit : c’est tout simplement un Etat où le droit s’applique à tous, car dans un Etat de droit, la loi coordonne et régule les institutions ou organes constituant le pouvoir politique. Sachant que le spectre de l’autoritarisme rôde autour du pouvoir en Afrique, Il est dans ce cas impérieux que nos Etats soient forts pour garantir la démocratie pluraliste et les droits et devoir des citoyens, pour arbitrer les conflits politiques économiques et sociaux. L’indépendance de la justice est capitale pour la démocratie, sans elle, point d’élection libre transparente et juste, point de libertés civiques point de cohésion sociale. C’est à ce titre que la promotion des Etats de droit en Afrique est plus que nécessaire si nous voulons que la démocratie soit pérenne et ancrée dans nos mœurs institutionnelles.
2.      Une société civile reconnue : la société civile c’est toi et moi, les ONG et associations des droits de l’homme, etc. En somme la société civile est l’œil et la main droite de l’Etat dans la société. Elle défend en amont les intérêts du peuple qui seront en aval défendus par l’Etat, si bien sûr celui-ci est un Etat de droit. Je pense que nos Etats devraient reconnaître et travailler avec la société civile pour veiller à ce que la loi soit respectée par tous et que nul n’abuse de son autorité ou pouvoir à des fins égoïstes ou partisanes. La société civile doit concourir à la vulgarisation de la démocratie auprès des populations par des formations sur la démocratie, les droits de l’homme et civiques, le processus électoral, etc.

 3.      Des partis politiques au service de la démocratie : les partis politiques sont aussi importants que la société civile, car ils sont le creuset des idées et des aspirations du peuple. C’est pourquoi au lieu de faire du clientélisme politique ou la prostitution politique comme c’est le cas actuellement, ils feraient mieux de proposer des idées neuves et constructives, d’éduquer politiquement et démocratiquement leurs membres et sympathisants, de consolider le jeu démocratique en respectant le vote et le résultat des urnes. Parfois le discours des partis politiques est incohérent pour les populations, la transhumance politique et la cupidité de ses leaders ne favorisent pas la réconciliation entre partis politiques et électeurs.

 4.      L’éducation civique et populaire : je pense que le mal de la démocratie en Afrique est l’absence chez les populations d’une culture démocratique. On nous a fait croire que la démocratie se limitait aux élections, à mettre un papier estampillé du nom d’un parti dans une urne. Non, c’est faux. La démocratie est plus vaste que ça, c’est une façon de vivre et de raisonner, une façon d’accepter l’autre dans sa différence (idéologique, religieuse, politique, etc.), une façon de gouverner. C’est pourquoi je crois que l’éducation civique et populaire doit jouer un grand rôle pour préparer les citoyens à défendre et rechercher la démocratie quand elle sera menacée et/ou « kidnappée » par ses détracteurs.

Si personne ne sait ce qu’est la démocratie, comment elle se manifeste, ses avantages, etc. comment alors prétendre la défendre valablement ? Les écoles primaires, collèges et lycée, les universités, les organes étatiques d’éducation populaire, les intellectuels, les citoyens lambda doivent participer chacun à son niveau à l’éducation démocratique des populations. Il y va de la cohésion nationale et la prospérité du pays.

Voilà pour ma part ce que je peux dire sur ce dont l’Afrique et le Gabon ont besoin pour une démocratie réaliste et vérifiable au quotidien. Toutes les énergies doivent se réunir pour créer une synergie qui profiterait à tous, au bonheur de nos populations, au développement de nos Etats, à l’éclosion d’une classe dirigeante démocratique et progressiste qui se démarquerait de celle qui gouverne actuellement et arbitrairement, et ce depuis l’avènement du multipartisme en 1990. Vivement que vous (lecteurs) compreniez les enjeux auxquels nous faisons face.

 

 

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Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

8 thoughts on “Ce dont l’Afrique a besoin pour sa démocratie

  1. Bonjour Barack Nyare Mba, je suis ravie d’être parmi vous. J’ai parcouru votre rubrique et je voulais vous congratuler pour la haute valeur de votre contenu. En tant que jeune Africain, je vous félicite pour votre démarche pour promouvoir la démocratie. Bonne continuation.

  2. Cher Barack, excellent billet. Bravo. Si seulement on pouvait l’imprimer et l’afficher dans toutes les places publiques africaines, c’est serait très intéressant. Mais moi j’ai du mal à croire en la démocaratie comme concept. Il dit tout et rien en même temps. On parle d’élections, de justice, d’institutions fortes avons-nous les moyens de ces politiques? Ces questions qui taraudent mon esprit au quotidien demeurent sans réponses. Moi par contre je suis pour une souveraineté des pays africains par les africains. c’est là le grand enjeu

    • Ma très chère Chantal, la démocratie n’est pas un concept vague, il est aussi clair que juste. Il n’est pas dit qu’elle n’a pas de désavantages mais de tous les systèmes politiques existant c’est le meilleur. La démocratie dont je parle n’est pas celle des Etats-Unis ou de la France, nous n’avons pas les memes réalités et enjeux. Abdulaye WADE disait :  » La démocratie n’est pas une destination mais un parcours » c’est tout à fait vrai, il n’y a pas une démocratie idéale vers laquelle on tend car elle n’existe pas, par contre à chaque fois que c’est nécessaire nous devons soit l’améliorer ou l’instaurer d’où le terme de parcours(étape).A chaque chose son temps. Les moyens dont tu parles ne sont que la VOLONTE des hommes et des femmes qui nous gèrent, l’argent ne manque pas on le voit tous les jours, les intelligences aussi, c’est juste un manque de volonté politique. Merci

  3. Les éléments cités dans ton analyse me semblent essentiels pour une démocratie effective en Afrique. Cependant j’ajouterai le partage transparent,équitable des richesses pour faire reculer la pauvreté. Car la pauvreté forme un terreau propice à l’asservissement des peuples. Tant que la majorité végète dans la misère, les responsables politiques pourront à loisir acheter des voix en période électorale. Un peuple qui mange à sa faim est un peuple qui dispose de lui même.

    • Effectivement la pauvreté expose davantage les électeurs à la corruption, c’est pourquoi comme tu l’as si bien dit, les richesses du pays doivent etre équitablement redistribuées. Seul un Etat de droit peut le garantir.

  4. Je suis d’accord avec tous les points sauf le.dernier
    . La culture démocratique ne s’enseigne pas. Elle vient avec le temps. Une importante étude sur le capital politique ( entendre, culture politique) a démontré qu’il était difficile de prévoir cela : comment expliquer qu’au nord de l’Italie la culture mafieuse , paternaliste e patriacale prime sur les idées démocratiques alors qu’au sud de l’Italie c’est le contraire…
    De plus , s’avancer sur ce terrain peut aboutir à une pensée élitiste de la société

    • Lorsque je parle de culture démocratique ce n’est pas dans le sens élitiste de la chose mais plutot une manière de faire comprendre aux lecteurs que nous ne pratiquons pas la démocratie comme elle est connue universellement. Une culture se pratique, le contraire pousserais à se demander si la culture de la démocratie en encrée dans nos moeurs. Il y a des gens qui acceptent de l’argent pour voter pour tel ou tel candidat; il y a des gens qui acceptent de soutenir tel ou tel candidat non pas sur la base de son projet mais sur des bases subjectives, d’autres votent pour un candidat après des dons de cartons de cotis ou de poulet. ce sont ces pratiques endogènes à l’Afrique qui m’ont fait dire que nous manquons de culture démocratique.

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