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Tous les week-ends plusieurs dizaines de Gabonais se marient selon la coutume à Libreville comme à l’intérieur du pays. C’est un événement qui ne passe point inaperçu dans les rues de la capitale gabonaise, on y voit les convives vêtues du pagne que les mariés ont choisi pour leur union, de nombreuses voitures klaxonnant pour annoncer le passage des mariés, les cris des femmes acclamant la beauté du couple dès son arrivée au lieu de la cérémonie.

Comment ça se passe ? Deux familles se réunissent pour unir dans le respect de nos traditions deux de leurs enfants. Pour sceller cette union, une dot est versée par le marié pour valider l’union, mais aussi pour prouver l’amour que ce dernier porte à sa dulcinée. Tout simplement.

Le mariage coutumier est une réalité hebdomadaire au Gabon, pourtant le 31 mai 1963 par la loi n° 20/63 du 31 mai 1963 (J.O. du 1er juillet 1963, p. 510), l’Etat gabonais supprimait la dot. Pourquoi ? Les autorités seules le savent. Supprimer la dot, c’est en somme ne pas reconnaître le mariage coutumier au profit du mariage consacré par le code civil qui est de type européen. Il n’y a aucun mal à se marier à l’européenne, c’est un type de mariage comme tous les autres. Toutefois il paraît aberrant et contre nature de ne pas reconnaître le mariage qui est propre à nos coutumes c’est-à-dire celui qui est pratiqué chaque week-end par les Gabonais. Je ne pense pas que les Européens feraient la même bêtise : adopter un type de mariage qui ne corresponde pas à leurs traditions.

Cette décision de supprimer la dot a causé de nombreux torts à la société gabonaise, car laissant ainsi les milliers de femmes qui se sont mariées selon la coutume sans aucun recours légal pour faire valoir leurs droits. Plusieurs parmi ces femmes ont été chassées, spoliées de leurs biens et même maltraitées par la famille du défunt mari. Les discriminations faites aux  veuves et aux orphelins résident également dans cet anachronisme entre la loi et les pratiques sociales du pays. Si la loi reconnaissait la dot comme étant une preuve d’union alors la problématique sur les droits successoraux qui déchirent les familles aurait trouvé dans le mariage coutumier un début de solution. Le mariage coutumier n’est pas contraire à celui pratiqué à l’état civil à la seule différence que la dot scelle l’union au mariage coutumier et la bague au mariage à l’état civil. Il y a des améliorations qui peuvent être apportées sinon les deux sont acceptables.

De nos jours, je crois qu’il est temps de revoir ce texte de loi qui ne correspond nullement aux réalités gabonaises. La loi ne doit défendre que les activités nuisibles à la société, la dot n’en fait pas partie pour la supprimer au profit d’une tradition qui nous est étrangère. C’est une nouvelle fois la preuve que nos autorités n’ont jamais été en harmonie avec les réalités sociales du Gabon depuis les indépendances jusqu’à  nos jours.

Vous comprenez maintenant pourquoi l’Afrique n’arrive pas à régler ses problèmes, elle a épousé la culture et les pratiques étrangères tout en tuant les siennes. Comment évoluer harmonieusement si les autorités dénaturent elles-mêmes nos us et coutumes. C’est pourquoi j’en appelle aux autorités compétentes du Gabon de revoir de plus près cette loi inadaptée qui constitue non seulement une injustice coutumière, mais aussi une perte de nos traditions.

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Barack Nyare Mba
Je suis un jeune Africain, de nationalité gabonaise, j'ai étudié au Sénégal et au Ghana. Je suis titulaire d'un Master 2 Audit et Contrôle de Gestion. La renaissance de l'Afrique passe indubitablement par la prise de conscience des défis de développement. C'est dans cet esprit que je crée ce blog pour partager avec vous mon regard sur l'Afrique en général et le Gabon en particulier. Panafricain je suis, panafricain je resterai.

One thought on “La dot au Gabon : l’Etat est en déphasage avec les pratiques sociales

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