Messieurs,vous avez bien dit émergent?

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La question mérite vraisemblablement son pesant d’or car depuis des années déjà à la télévision comme dans la presse écrite on nous ressasse tous les jours  que le Gabon est sur le chemin de l’émergence. En les entendant et après constat, on se pose bien la question de savoir s’ils ne se trompent pas de voie pour  y arriver. Certaines actions posées par le gouvernement actuel  me laissent perplexe au dernier niveau, pourtant comme la plupart de mes compatriotes, j’aimerais bien croire  à l’émergence pour sortir de cette pauvreté, mais la réalité des faits nous en dissuade vivement.

Tout d’abord il y a la sécurité et la justice, ce sont les premières choses que mes chers compatriotes émergents devraient assurer à tous les Gabonais et à tous ceux qui vivent sur le territoire national. Rien de grand ne peut-être accompli sans ces impératifs absolus. Les dernières nouvelles sur le plan sécuritaire laissent franchement à désirer tant on recense de meurtres qui ne sont pas élucidés et des injustices qui se multiplient. Les pratiques qui étaient sensées finir avec ce nouveau régime semblent prendre encore plus d’ampleur. Les populations vivent dans la stupeur totale avec tout ce que nous entendons comme crimes et autres assassinats. La justice  quant à elle est à deux vitesses, une pour les dignitaires du pouvoir et une autre pour le peuple. La justice qui devrait être impartiale a semble-t-il choisi son camp, ce qui a pour conséquence le manque de confiance manifeste que les Gabonais ont de leur justice.

Ensuite il y a l’éducation et la santé. Un pays qui éduque et soigne mal ses enfants ne peut prétendre atteindre l’émergence au sens où le monde entier la conçoit. La main-d’oeuvre locale doit être valorisée en lui offrant les meilleurs soins de santé et la meilleure éducation pour faire face aux enjeux actuels, ce qui n’est pas le cas. Il est vrai que le Gabon a près de 94 % d’enfants scolarisés, mais cette statistique est l’arbre qui cache la forêt. On peut bien scolariser tous les Gabonais, mais dans quelles conditions, avec 100 élèves par classe ? Avec quel système éducatif pour atteindre l’émergence ? Avec quels types de collaborations avec les syndicats des enseignants ? Toutes ces vieilles questions sont  toujours en suspens, pourtant les réponses sont dans les casiers,comme toujours. La santé qui est capitale n’est pas assurée comme il se doit dans les établissements publics pour différentes raisons, le manque de matériel, la faiblesse des structures d’accueil, le manque de personnel, le manque de médicaments, la cherté des soins, toutes ces absences qui obligent les plus démunis à se rendre chez les « nganga » (charlatan). Le privé assure la « permanence » en attendant que l’Etat satisfasse la demande toujours aussi forte. J’ai vu ici et là quelques bâtiments qui sont sortis de terre, c’est bien, mais plutôt  marginal par rapport aux réels besoins à moindre coût que nous souhaitons.

Enfin le logement et la liberté, les Gabonais ont besoin de se loger dignement parce que la situation actuelle est vraiment déplorable. Je ne vous apprends rien vous le savez mieux que moi et vous avez tout ce qu’il vous faut pour mieux apprécier cette nécessité populaire. Les prix des loyers pratiqués actuellement à Libreville sont exorbitants pour la grande majorité des Gabonais, les plus démunis sont contraints une seconde fois d’aller voir ailleurs, notamment louer dans les « mapanes » ou taudis avec tout ce que cela implique comme corollaire. Les logements promis par les émergents devront en principe régler substantiellement ce problème qui n’a que trop duré, il faut pour cela qu’ils sortent d’abord de terre. Lorsque je parle de liberté j’entends par là, assurer à tous les Gabonais la liberté d’entreprendre, la liberté d’expression, la liberté de pratiquer convenablement sa passion. Par ex : les artistes ne sont pas libres, les pauvres n’ont pas de droits d’auteur et de locaux, les peintres les sculpteurs, les comédiens, les chanteurs, les écrivains et même les sportifs, tout ce beau monde ne trouve pas les conditions idoines pour pratiquer leurs passions. Des talents qui sont tués alors qu’ils peuvent servir au rayonnement du pays.

Si véritablement vous parlez d’émergence, alors revisiter votre feuille de route parce qu’à cette allure vous risquerez de ne pas arriver à bon port. Il ne sert à rien que certains fassent du vacarme politicien sur des détails alors que tout le boulot reste à faire. Un élu qui fait un don parle d’émergence, une association politique se crée et voilà, on est dans l’émergence. L’émergence ne doit pas seulement être un slogan politique comme on nous le montre à la télévision, elle doit être soutenue par des actions concrètes et coordonnées à fort impact social. Travaillez d’abord au lieu de ne faire que de la politique politicienne, c’est pour le bien du Gabon.